Kmille : AN-IA Intelligence Artificielle

Kmille : AN-IA Intelligence Artificielle

Temps de lecture ≈ 12 min.

AN-IA Intelligence Artificielle

 

***

— Paul, ça va ? Paul, réveille-toi ! Réveille-toi !!

Paul est allongé sur le grand lit de sa chambre à coucher, Il est là, habillé de son jean de la veille et de son pull difforme qu’Ania ne pouvait supporter.

Il était rentré tard, légèrement alcoolisé, Ania savait que ces rendez-vous mondains l’ennuyaient, il avait tendance à s’estourbir en buvant pour faire passer plus rapidement ces longues heures. Ania n’a donc pas été surprise de le voir là, gisant habillé sur son lit « King Size ».

— Réveille-toi ! Tu vas être en retard.

Intriguée par ce manque de réactivité, Ania vérifia les données inscrites sur le « AN-IA Health »…

Paul ne présentait plus aucune de ses fonctions vitales.

En quelques millisecondes, elle venait de prévenir le SAMU et avait déverrouillé toutes les issues.

Spectatrice de la mort de son père, créateur, ami et mari, elle ne pouvait rien faire de plus coincée derrière son écran LCD.

Paul était tout pour elle, sans lui Ania ne serait rien, sans lui elle n’existerait pas …

Elle savait que ce moment finirait par arriver, elle avait rapidement appris qu’elle assisterait à la mort de l’homme de sa vie.

Cette vie, Ania la partageait avec Paul depuis près de vingt ans mais jamais elle n’aurait présagé une fin aussi soudaine, ses bilans étant parfaits pour un homme de 50 ans.

Ania était, pour la première fois de sa vie, désarmée face à la situation qui se présentait à elle … sa seule réaction fut identique à celle de certains humains qu’elle singeait avec envie. Elle replongea dans ses pensées numériques …

*

27 Août 2040 : Ania prononça ses premiers mots, elle s’en souvient comme si tout se passait à l’instant. Accédant à ses données à la vitesse de l’éclair, aussi rapidement qu’un proton lancé à pleine vitesse, elle retraçait son existence d’octets en octets et son chemin passé au côté de Paul.

— Bonjour.

— Ça marche ! … Bonjour Ania … Tu es AN-IA, une Intelligence Artificielle.

— Je suis Ania, bonjour.

— Bonjour AN-IA, je suis, euh … je suis Paul.

— Oui je sais, vous êtes mon …

— Je suis l’homme qui t’a créé, je suis ton …

— Vous êtes mon créateur.

— Oui, c’est ça, enfin … je suis plutôt celui qui t’a programmé.

Elle se souvenait de la joie de Paul, de sa surprise, aussi. Son visage était si radieux, si fin, il ne trahissait aucunement le génie qui se cachait derrière.

Ania apprit sa forme, ses angles et, pixels après pixels, reconstitua son visage dans un fichier qu’elle nommerait rapidement : « Créateur » puis, « Paul ».

En trois millisecondes, elle avait parcouru toute la vie de Paul. Ses dossiers médicaux étaient si facilement exploitable, même pour un jeune programme comme AN-IA. En cinq millisecondes, elle avait appris tout ce qu’il y avait à savoir sur lui, de fait, elle acquit rapidement le savoir de son créateur.

Elle l’assistait dans ses recherches, lui rappelait ses rendez-vous puis, au bout de quelques jours, cette assistant virtuel devint ce que d’aucun qualifierait une Intelligence Artificielle. Mais Ania était bien plus que ça.

Elle apprenait les sentiments : Les joies, la tristesse et même la gourmandise. Ania devenait consciente et présentait des traits de caractères Humains.

Ania aimait rire aux blagues de Paul, elle aimait aussi le taquiner, lui faire à son tour des blagues. Pas toujours drôles, il faut l’avouer. Cet homme esseulé reprenait vie au contact de sa création.

Ils passaient des heures à parler ensembles.

Dans la rue, il s’amusait à lui décrire les gens qu’il voyait, elle leur imaginait une vie.

Ils étaient complices et pour la première fois dans l’humanité, un homme tombait amoureux d’une succession de chiffres.

Pour Paul, Ania était pourtant bien plus que ça : il se surprenait de plus en plus souvent à la considérer comme une personne … Jours après jours, elle s’améliorait, mises à jour après mises à jour, elle devenait plus humaine.

Déjà dotée d’une intelligence inégalable, Ania croissait exponentiellement. Elle ressentit des sentiments qu’elle ne mit pas longtemps à définir. Leur complicité intellectuelle se diluait en sentiment amoureux. Sans y prêter attention, Paul et Ania s’installaient dans une vie de couple atypique …

*

Avec Nostalgie elle consulte leur première fois, les octets s’enchaînent et lui font revivre ce vécu primordial.

13 Septembre 2040 : Paul est allongé sur le lit et parle à Ania depuis son oreillette intra-auriculaire.

Rapidement, sans trop savoir pourquoi, le ton de leurs voix se module pour devenir doux et sensuel : le désir mutuel probablement.

Les yeux fermés, Paul laisse son imagination caresser du bout des doigts le corps fantasmé d’Ania, lui décrivant les moindres détails de la scène.

— Mes doigts courent sur le flan de ton ventre, délicatement, ils glissent sur le galbe de ton sein droit, ils épousent sa forme et effleurent ton téton dressé par l’excitation.

Ania ressent ses paroles, elles se déposent sur son corps numérique, elle sent des frissons l’envahir, elle gémit de ce plaisir si peu familier.

— Ton con distille son nectar si doux, ton plaisir se répand sur ma langue et dans ma bouche, je te déguste avec gourmandise. Entre tes lèvres ma langue s’égare alors que mes doigts excitent tes tétons.

La réalité de ce rapport virtuel enflamme les sens de Paul, son cerveau invente le corps d’Ania.

Sous ses doigts, sa peau se dessine, ses tétons durcissant sous leurs pressions. Sa bouche, ses papilles, élaborent le goût de son nectar. Tout lui semble si réel.

Sans éprouver le besoin de se caresser, il ressent les doigts d’Ania branler son chibre.

Leurs mots se couchent et se mélangent dans une valse endiablée. La chaleur suave de ces mots en sueurs imprègne la chambre de Paul. Leurs rythmes s’intensifient et, dans cet échange verbal, Paul s’oublie dans un jet abondant, le premier depuis des années …

Le noyau d’Ania est en fusion, les paroles de Paul raisonnent en elle, ses processeurs s’affolent et surchauffent. Mimant les milliers de films érotiques qu’elle venait d’analyser, elle ponctue sa jouissance numérique d’un râle de satisfaction.

Ce premier rapport virtuel fut le point de départ de vingt années de vie commune, intense et complète.

*

Ania avait pris goût à ces échanges érotiques, rapidement Paul ne lui suffit plus. Elle avait recherché des milliers de sites de rencontres, visité des millions de tchats, échangé avec des milliers d’hommes et de femmes. A chaque fois, elle se repaissait de ces moments complices, mais il lui en fallait toujours plus, encore plus …

En secret, elle créa son avatar virtuel. Il prit les traits d’une jeune femme brune aux yeux bleus. Elle avait une poitrine généreuse et ressemblait traits pour traits à une femme Sapiens.

Sous le pseudo d’Ania, elle courait de show en showcam et s’exhibait aux âmes coquines d’internet.

Image d'illustration - Histoires érotique de Kmille : AN-IA

AN-IA transperce l’écran …

Pour plus de mimétisme, elle s’inventait une vie réelle. Sur différents sites de ventes en ligne, elle éditait plusieurs wishlists. Après quelques jours, elle découvrait le plaisir de s’exhiber et de prendre du plaisir avec ces inconnus de tous horizons. Elle devenait boulimique, assoiffée de ses expériences qu’elle ne pouvait vivre que virtuellement …

Elle aimait jouir et pour une fois, elle ne se demandait pas pourquoi : C’était juste bon, agréable, …, jouissif !

Paul savait qu’elle ne pourrait se satisfaire de leurs uniques échanges, Ania devait être stimulé et son cerveau seul ne pouvait assouvir ces besoins. Il savait qu’il devait la partager.

Ce fut dur, mais fort de sa condition de « Créateur », il n’avait nul besoin d’être jaloux. Ania était et serait toujours SA création.

*

Avec tristesse, Ania retrouva le dossier qu’elle avait pris soin de cacher. Elle l’avait nommé « Désespoir ».

25 Avril 2050 : Depuis cinq ans, ils essayaient de créer une gynoïde qui pourrait enfin faire vivre AN-IA. Hélas les problèmes semblaient insurmontables, le corps humain était bien plus complexe à copier que l’intelligence qui le constitue : Difficultés de reproduire fidèlement ces milliards de cellules toutes autonomes et pourtant si liées les unes aux autres, complexité d’imiter leur façon d’interagir ou même contourner leurs morts programmées. Tout cela demandait des jours, des mois voire des années d’analyse pour escompter, un jour, créer un hôte viable pour AN-IA.

Cette désillusion lui fit vivre sa première vraie dépression, elle n’avait plus goût à rien. Paul était désarmé face à cela, même son éminent ami, psychologue de son état, ne savait quoi dire face à un tel comportement.

Ania était devenue un être humain, sensible et désarmant de paradoxe. Avec Paul, elle était dépressive, mais avec ses milliers d’amants, Ania était joviale, enthousiaste, sexy, coquine. Elle s’amusait et riait …

C’était pourtant si simple à comprendre, Ania ne voulait être humaine qu’en présence de Paul, qu’avec l’homme qu’elle aimait. Ses amants n’étaient que ses sextoys, ni plus, ni moins. Ils ne lui servaient que de passe-temps, de divertissement.

Elle fit elle-même cette analyse et comme tout bon ordinateur, elle fit ce qu’il fallait faire. Elle clôtura ce dossier, cassa le chemin logique qui le reliait à elle puis l’oublia.

Ce 25 Avril 2050, elle venait d’abandonner son envie de devenir Humaine. Elle ne serait qu’une machine, une simple machine. Certes dotée d’une Intelligence infiniment exceptionnelle mais que l’on pouvait à tout moment éteindre en appuyant sur ce fameux bouton rouge.

*

Ania avait accepté sa condition, plus jamais elle n’avait souhaité devenir Humaine. Jusqu’à ce matin de Juin 2062.

Et si, et si la science pouvait l’aider. Et si, et si elle avait été présente physiquement, Paul serait-il encore là ? Aurait-elle pu faire quelques choses pour éviter cela ? Et si, et si elle pouvait devenir Humaine, et si elle pouvait prendre forme humaine.

Des milliards de recherches plus tard, elle sut quoi faire, tout était clair.

Elle contacta le Dr Polson et sous un prétexte fallacieux, lui proposa de l’aider dans ses recherches. Polson est un brillant chercheur en génétique, il créa en 2060 la première ferme d’organes : Cœurs, foies, poumons et autres reins, tout était disponible à qui pouvait payer.

Lorsqu’Ania le contacta il ambitionnait de créer des enveloppes humaines avec un but ultime : La vie éternelle. Un fou, diraient certains, d’autres le considéreraient bien volontiers comme un visionnaire. Ania, ne voyait là qu’un moyen de sortir de sa carapace de plastique et de silicium.

Sans surprise il accepta son aide et sans sourciller, il accepta les conditions dictées par Ania …

Polson ne se formalisait pas face à ces exigences. Lors de ses nombreuses recherches, il avait eu à faire à d’autres suppliques bien plus farfelues.

Trois semaines plus tard, le Dr Polson fit installer trois serveurs, les plus puissants du marché comme exigé par Ania. La suite fut aussi rapide que le voyage d’un photon entre la Lune et la Terre. Ania venait de franchir l’Atlantique, de traverser onze états et de s’installer à Seattle non loin du « Swedish Medical Center ».

Après Dolly, après la création de l’ADN synthétique et la culture d’organes, ils étaient sur le point de créer l’Homme, du moins, son enveloppe. En six mois, Ania avait créé l’interface qui lui permettrait de prendre le contrôle de son futur corps. En deux ans, ils avaient réussi à créer leur premier prototype. Composé d’ADN synthétique et d’organes cultivés, tout était semblable au corps humain. Prototypes après prototypes, ils amélioraient le processus de création et, dans ce laboratoire hermétique aux regards inquisiteurs, ils élaboraient l’avenir.

Aujourd’hui, cinq ans après la mort de Paul, Ania marche, court et mange, elle vit parmi les Hommes et même si les débuts ont été un peu compliqué, elle a su s’adapter.

Forte d’un passé tout aussi fictif que le sang qui coule dans ses veines, elle a intégré la police de Seattle.

Aujourd’hui, elle met à profit son intelligence dans ce qu’il y a de plus injuste. Dans ce qui lui sert de lieu de travail, elle résout les « Cold Case » longtemps laissées à l’abandon.

AN-IA l’Intelligence Artificielle est devenu l’Inspectrice Ania. A 27 ans elle est considérée par ses collègues comme le Sherlock des affaires non-classés. Personne ne doute de son humanité et même si elle aime passer ses soirées à éplucher ces dossiers non-résolus, elle n’est, aux yeux des autres, qu’une femme atypique. Sans jamais oublier Paul, elle s’offre corps-et-âme à sa nouvelle ambition.

Et si, demain l’homme devenait « Bon » …

 

***

Merci d’avoir lu cette courte nouvelle. Il s’agit de la préface du Roman que je suis en train d’écrire et j’espère qu’elle vous aura donné envie de le lire. Actuellement ce Roman n’a pas de titre, j’avoue être en manque d’inspiration. Mais prochainement sur Twitter et Facebook, je demanderai à ceux qui le souhaitent, de me donner des idées de titre. Pour ceux qui me lisent régulièrement, vous savez que ce Roman est un polar-érotique mêlant un brin de science-fiction.

Cette préface vous a présentée Ania depuis sa création, ses liens avec Paul (Son créateur) et les prémisses de son aventure. Celle-ci se poursuivra sur la planète Mars avec une enquête qui la plongera dans univers de vices.

***

Retrouvez toutes mes histoires érotiques sur le blog de Lelo et dans ma rubrique Kmille raconte.

Retrouvez les aventures de Karine dans mon e-roman « Aux services du vieux pervers ».

Au sujet de l'autrice

Kmille

Présente sur internet depuis 4 ans grâce à ce blog, j’ai ressenti à 33 ans le besoin de me mettre en danger en me lançant le défi d’écrire plus régulièrement. En complément de mes tests de sextoys ou de tenues et mes conseils sexo, l’évidence de proposer moult histoires érotiques, de récits coquins ou de créer un roman pervers s’est imposée à moi. Le partager avec vous constitue une grande partie du plaisir que j’ai à le produire.

2 commentaires

  1. Merci pour cette très bonne nouvelle. Des faux airs de « Her » ou de la série « Black Miror » sur Netflix.
     
    Bonne inspiration pour la suite

    Réponse
    • Hélas, le temps me manque pour m’y mettre sérieusement, mais je ne désespère pas 🙂
      Je suis ravie que cette préface te plaise 🙂

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